QUI ÉTAIT ÉTIENNE BILLIÈRES ?

ETIENNE BILLIERES  (1876-1935) – Un grand Maire de Toulouse

Les lignes qui vont suivre sont extraites du mémoire d’un étudiant de l’Université du Mirail, Nicolas CHARLES, achevé en 2001, sous la direction de Mr Rémy PECH, son professeur. Elles sont également extraites, du résumé de la conférence donnée par Monsieur Paul PISTRES, le 20 novembre 2002, lors du XVI° Festival des Arts de Fontaine Lestang,

L’ignorance de la vie et de l’oeuvre d’Etienne Billières est fréquente parmi les Toulousains,

Elle nous paraît incompréhensible pour les membres du Foyer qui s’honore de porter son nom.

I – SA VIE

Né au printemps 1876 dans la rue Varsovie, il restera très attaché au quartier St Cyprien (San Subra en occitan). Il restera toute sa vie proche du « petit » peuple dont il est issu. Son père est compagnon charpentier et sa mère ouvrière à la Manufacture des Tabacs (uno tabataïro),

Elève de l’école Lespinasse, il suit ensuite au Lycée Berthelot, les cours de secrétariat : sténographie et dactylographie.

Son premier emploi sera chez SIRVEN, entreprise toulousaine d’arts graphiques, qui possède la première machine à écrire en service dans la ville.

Il y rencontrera Albert BEDOUCE, alors secrétaire du patron, qui va le former dans plusieurs domaines et l’initie aussi à la vie politique.

Il accomplit son service militaire à OUJDA au Maroc de 1897 à 1900. Il en revient avec le grade de sergent. Des périodes militaires effectuées entre-temps, il sera mobilisé au camp de Mourmelon avec le grade de Lieutenant.

A son retour du service, il se marie avec Rose, une Aveyronnaise, demeurant aussi dans le quartier de St Cyprien.

Ils auront cinq garçons dont un, Raymond, a choisi la médecine, les quatre autres ont continué dans l’enseignement, héritant de ce don pédagogique que possédaient fortement Rose et Etienne.

II – SA POLITIQUE

L’homme étant mieux connu, il faut situer le militant politique qu’il a été sa vie durant.

L’axe de son existence était le socialisme.

Pour comprendre les modifications importantes qui se sont produites dans le paysage politique toulousain, nous ferons un petit retour dans le temps.

Au 19ème siècle, Toulouse est une cité royaliste, le nom de VILLELE, dont une rue porte le nom à Lardenne, est resté célèbre comme étant le ministre ultra-royaliste à l’origine de la révolution de 1830.

Peu avant 1870, un basculement d’opinion se produit. Souffle un esprit nouveau d’opposition à l’empire, d’inspiration républicaine et de plus en plus anticlérical,

Le quotidien « La Dépêche du Midi » (créée par SIRVEN en 1870 et revendue presque de suite), dont les plumes des signataires deviennent de plus en plus agressives vis à vis du clergé, illustre à merveille la forteresse radicale qu’est devenue la Ville Rose autour des années 1900. Les maires radicaux OURNAC, Honoré SERRES, répondent à l’attente des notables et des artisans locaux.

Les socialistes ont du mal à percer dans cette ville sans véritable classe ouvrière (très peu d’industries).

Armand DUPORTAL, très redouté parce qu’il est resté l’homme de la Commune, Charles de Fitte, plutôt syndicaliste mais décédé jeune, le premier socialiste important est Albert BEDOUCE qui parvient, profitant de la mésentente des radicaux trop sûrs d’eux, à se faire élire Maire de Toulouse en 1906.

Etienne BILLIERES n’a que 30 ans et devient un des adjoints du nouveau maire. Cette position lui permet de s’initier au fonctionnement de la gestion municipale et de mieux connaître sa cité et ses besoins. Il rencontre les divers responsables des « courants » (déjà) socialistes, les violents héritiers de BLANQUI, les marxistes de Jules GUESDE, les humanistes de Jean JAURES. Ce dernier parvient à les rassembler dans la SFIO et Etienne BILLIERES participe aux grands congrès (Toulouse en 1914, Tours en 1920 où la SFIO se scinde, avec la création du Parti Communiste).

Il devient même un des principaux dirigeant de la SFIO avec Albert BEDOUCE, Jules JULIEN, BERLIA, ELLEN-PREVOT,

La section toulousaine du parti socialiste, toujours en butte avec les radicaux et leur soutien « la Dépêche du Midi », fonde le journal  « le Midi Socialiste ». Etienne BILLIERES écrit souvent des articles sur divers sujets, mais plus particulièrement sur les questions économiques, aussi est-il considéré comme un des meilleurs économistes du parti.

On a du mal, aujourd’hui, à saisir les conflits entre radicaux et socialistes de cette époque.

Qu’il s’agisse de l’élection surprise d’Albert BEDOUCE, en 1906, du Cartel des Gauches en 1920 ou du Front Populaire en 1936, aucun accord ne s’est réalisé entre ces deux partis de gauche, contrairement à ce qui se passait ailleurs.

En 1925, les socialistes gagnent le Capitole. Etienne BILLIERES est choisi comme Maire de Toulouse par les siens pour ses qualités humaines (chaleur communicative, proximité du petit peuple, rôle de rassembleur).

Il sera réélu en 1931, mais décèdera en 1935 à OUJDA, lors d’un voyage personnel.

III –SES OEUVRES

On en retiendra trois aspects concernant le logement, l’école, les équipements sportifs.

1 – Logement

Toulouse avait un réel retard en matière de logements. Etienne Billières s’est lancé hardiment dans le soutien au logement social. Là où la municipalité radicale avait versé dix mille francs, celle des socialistes accorde dix millions. Une première formule consiste à développer les H.B.M. (habitations bon marché) en suscitant des cités-jardins. La mairie achète des terrains agricoles, dessine des lots égaux, construit des pavillons avec jardinet semblables, puis les loue à loyer modéré. La cité dite de la rue d’Auch, dans notre quartier, en est, ou en était le bon exemple. La formule locative des cités-jardins n’est pas la seule. Une aide à l’accession à la propriété provenant de la loi Loucheur (1928), est fortement utilisée par la mairie de Toulouse. Là aussi, elle lotit, puis vend à la seule condition que le propriétaire habite le logement. Les rues Lamartine, Alain Gerbault, rue Bernardbeig ont été édifiées à cette occasion.

On estime à 1100 logements le total réalisé, il faut attendre 1960-1970 pour retrouver pareil dynamisme.

2 – L’école

Ce maire bâtisseur dans le logement social l’est aussi pour les écoles.

Toulouse s’agrandit, se peuple, notamment dans les faubourgs. Aux besoins de nouveaux locaux scolaires s’ajoute une conviction forte des socialistes « toute école est un foyer de progrès, un lieu de vie et d’égalité des chances » Pédagogue dans l’âme, le Maire n’hésite pas à payer de sa personne, visitant lui même les classes. Il imagina de décerner un prix spécial pour les bons élèves, choisis, non par des adultes, par leurs propres camarades. Cette initiative, originale, ne sera reprise par personne après son décès.

Il aménage et construit dans divers quartiers de Toulouse dont Fontaine-Lestang.

Il fait agrandir la seule école existante en 1931, la maternelle d’aujourd’hui. Mais la réalisation la plus notable, est la construction de la double école élémentaire, dont les détails précis figurent sur le programme municipal publié en 1934, en vue des élections municipales de 1935, Ce groupe scolaire sera bâti sur l’emplacement du premier terrain de rugby du quartier. Il sera transporté entre la rue Fieux et le chemin noir de la métairie de la Faourette sur le chemin de Fontaine-Lestang, et deviendra le terrain des Turres. Au delà des deux établissements scolaires de 7 et 5 classes avec les logements des directeurs, le plus intéressant est l’incorporation d’une salle des fêtes (actuellement salle Christine Rumeau), à la fois reliée à chaque école par une entrée directe, et accessible de l’extérieur par une entrée particulière rue des Turres. Cette salle multi usages, très haute pour l’exercice de divers sports d’intérieur, possédait aussi une scène et des loges permettant des séances de théâtre ou de cinéma. La diversité de son utilisation a permis à notre Foyer de posséder en un lieu unique un terrain d’activités sportives et culturelles, un lieu de réunions, de conférences, d’expositions.

Sans cette salle, le Foyer aurait-il pu se maintenir?  Existerait-il encore?

Parmi les solides et durables locaux d’enseignement, dont a bénéficié la ville, n’oublions pas la Bibliothèque Municipale de la rue du Périgord.

3 – Structures Sportives

Outre les logements et les écoles, ce Maire a encore édifié des structures sportives. Toulouse comporte une grande île entre les deux bras de Garonne, dite Ile du Ramier, longtemps inutilisable en raison de fréquentes inondations.

Pourtant pour cette île, on a vu grand :

  • une piscine de plein air 150x 50m,
  • une piscine couverte,
  • un bassin de compétition extérieur;

Ce fût, à cette période, la plus vaste plage intérieure d’Europe.

Le Stadium et les terrains de sports contigus, seront pratiquement achevés en 1939, mais les plans remontent à l’époque Billières.

IV – SA FIN

Ce Maire ne terminera pas son deuxième mandat, Avec son épouse et ses deux plus jeunes enfants, il va rejoindre son fils aîné, à Alger, pour les fêtes de fin d’année en 1934.

De là, il veut revoir OUJDA, lieu de son service militaire. La simple irritation à un pied, compliquée par le diabète, malgré des soins assidus, provoquent son décès,

Ses obsèques très simples se sont déroulées à Lardenne.

Un incident, peu commun et regrettable à la fois, s’est produit lors de ses obsèques,

Le cortège civil d’un franc maçon heurte l’Archevêque de Toulouse, qui n’était autre que le futur grand résistant Monseigneur Saliège. Ce dernier refuse le passage du cortège sur une allée du cimetière appartenant à l’église et il fallût que Jules Julien, nouveau maire, fasse éventrer un mur latéral du cimetière pour accéder à la tombe.

On mesure mieux les oppositions entre les « deux France » de cette époque.

Néanmoins, Etienne Billières, détaché de toute Eglise, a laissé une image de tolérance, alors qu’il était entouré de camarades beaucoup plus vindicatifs.

Le curé de Lardenne a rendu visite à la famille, qui s’est plue à montrer des photos où le Maire devise gaiement avec l’ Archevêque et le Recteur de l’ Institut catholique. Outre les 5969 signatures apposées sur les registres des obsèques, la presse unanime a rendu hommage à son honnêteté et à son action positive pour TOULOUSE.

Léon Blum a dit de lui qu’il était  » Une image humaine de la force »

« FEP E.Billières-13 juillet 2007- A.Pr. «